conflit-casamanceLe conflit en Casamance a été passé à la loupe hier par des experts en provenance du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée Bissau, à travers la restitution d’une étude menée par l’Institut Gorée.

Mieux comprendre pour agir avec efficience. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’atelier de restitution de l’étude dénommée : « Le conflit en Casamance : sa géopolitique, ses débordements, son traitement médiatique et le rôle de la religion ». Chargé du programme alliance des initiatives pour la paix et la stabilité en Afrique de l’ouest, Odile Tendeng de l’Institut Gorée a d’emblée mis l’accent sur les objectifs de l’étude. Tout part du constat de la violence barbare notée dans l’éclatement de plusieurs conflits en Afrique dans les années 1990. Dans un souci d’apporter des solutions idoines, chercheurs et décideurs ont, dans un premier temps, exploré la piste des mécanismes traditionnels de résolution des conflits. En 2009, les limites de ces mécanismes se sont révélées au grand jour avec le constat que dans certains conflits, les mécanismes traditionnels, à eux seuls, ne réglaient pas la situation.

C’est à partir de ce moment que la piste des institutions qui gèrent les conflits a été la cible de la recherche. « L’instabilité institutionnelle est un facteur à prendre en compte dans la problématique de la gestion des conflits », souligne Mme Tendeng. Dans le contexte sénégalais, les multiples modifications de la constitution notées surtout entre 2000 et 2009, ainsi que la gestion « éclatée » du conflit en Casamance, ont rendu la situation plus alambiquée. Ce qui fait dire au Pr. Eugène Tavarez de l’Université Assane Seck de Ziguinchor qu’il est important de faire une bonne analyse géopolitique pour comprendre le conflit et agir en conséquence. La géopolitique étant avant tout une question de géographie, le Pr. Tavarez s’est intéressé aux contours du territoire dénommé « Sénégambie méridionale » et englobant les parties de la Casamance, de la GuinéeBissau et de la Gambie concernées par le conflit. Au total, ce territoire renferme 5 millions d’habitants et dispose d’une histoire régulièrement caractérisée par des conflits, renseigne le professeur.

La Gambie et la Guinée-Bissau, ces voisins susceptibles de tirer les ficelles

M. Tavarez n’a pas manqué de mettre l’accent sur le jeu clair-obscur des pays voisins (Gambie et Guinée-Bissau), qui ne milite pas en faveur d’une résolution définitive du conflit. Eugène Tavarez d’évoquer « le double jeu de la Gambie » et « la fausse neutralité ou passivité de la Guinée-Bissau ». A son avis, la position Bissau-guinéenne dans ce conflit est « fluctuante ». En guise d’exemple, il a rappelé l’attitude de l’ancien chef d’Etatmajor de l’armée bissau-guinéenne le Général Batista Tagmé Na Way qui, à un moment, de concert avec le président Nino Vieira, a refoulé les combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Ces derniers avaient des bases de repli en Guinée-Bissau. M. Tavarez de dire que loin d’être passive vis-à-vis de ce conflit, « la Guinée-Bissau observe bien et prend des positions qui l’arrange ». Il a aussi précisé que, malgré la proximité avec le Sénégal, le nouveau président Mario Vals ne dispose pas de toutes les cartes pour agir en faveur de la paix. Pour la simple raison qu’en GuinéeBissau, les soubresauts politico-militaires font que l’exécutif a souvent les mains liées.

Les relations ethno-religieuses, comme sources de régulation

L’autre aspect à ne pas négliger dans la résolution du conflit est lié à la religion. Et dans ce cadre, les relations ethno-religieuses de la zone peuvent être des sources de régulation du conflit, soutient Hamadou Boiro, chercheur à l’Institut national d’études et de recherches de Bissau. Il précise cependant qu’il faut savoir faire un bon usage de ces relations, car le contraire engendre très souvent des effets dévastateurs. « La résolution du conflit ne doit pas être recherchée uniquement dans l’homogénéité, mais également elle peut résider dans l’hétérogénéité des personnes, de leurs cultures, de leur religion etc. », déclare le chercheur. Un argumentaire saisi au rebond par le professeur Moustapha Guèye, enseignant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), pour revenir sur le rôle des médias dans le conflit en Casamance. 

Créer le lien entre les médias et le monde scientifique 


M. Guèye regrette que, dans le traitement de l’information sur le conflit en Casamance, on soit passé d’un « journalisme de décryptage » à un « journalisme factuel ». Ce dernier, dénué de conceptualisation, ne donne pas suffisamment de contenus pertinents sur le conflit. D’où l’importance à ses yeux de créer un pont entre la presse et les chercheurs pour suppléer les insuffisances dans les rédactions. Moustapha Guèye d’argumenter : « Le monde scientifique et la presse doivent collaborer pour plus de pertinences dans les articles qui traitent du conflit ». 

De l’importance de mettre sur place des indicateurs pour mesurer l’évolution du conflit 

Sur le chemin de la recherche d’une paix définitive, le Pr. Tavarez a suggéré la mise en place d’indicateurs basés sur les causes du conflit pour en mesurer l’évolution. Une idée partagée par Odile Tendeng qui prend pour exemple l’utilisation par les médias de vocables similaires depuis 1982. Elle estime qu’il serait intéressant de voir « ce qui a changé et ce qui ne l’est pas ».

 Source: http://www.seneplus.com/article/le-conflit-en-casamance-dans-tous-ses-%C3%A9clats
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