Iba mar faye
Iba mar faye

Une fois n’est pas coutume. Nous vous proposons une contribution de M. Iba Mar Faye du Mouvement  Yen a marre suite à l’arrestation de Alioune Sané, Malal Talla et Fadel Barro en RDC. 

Depuis le Dimanche 15 mars, nos camarades Alioune Sané, Malal Talla et Fadel Barro sont arrêtés en RDC. Evidemment, le mouvement y en a marre(YEM) reçoit de partout les messages de soutien e t d’encouragement mais surtout l’expression d’une profonde indignation d’autorités et de citoyens lambda d’ici et d’ailleurs.

Cependant, à côté de cet élan de solidarité de la part de compatriotes et de citoyens d’autres pays épris de justice et de démocratie, une partie de la population sénégalaise est restée très critique vis à vis des personnes arrêtées et du mouvement Yen a marre. En soi, cela ne devrait pas poser de problème car c’est une manifestation de la Loi de la nature que d’avoir des soutiens, des adversaires et ennemis. En plus, loin d’être une menace, des situations comme cette arrestation constituent toujours des prétextes pour s’interroger et écouter les autres pour une meilleure maîtrise de ce que l’on fait. Cependant, ce qui est révoltant, c’est le manque d’objectivité et de lucidité chez certains dans l’analyse et le traitement de l’information.

D’autres vont même jusqu’à oublier que quel que soit la distance qui pourrait les séparer de YEM sur le plan de l’idéologie et de l’engagement, ce sont quand même des fils du Sénégal qui sont accusés de terrorisme et arrêtés. Ne serait-ce que pour cela, à défaut de pouvoir les soutenir, on devrait pouvoir au moins se taire sur cette affaire. Mais malheureusement, des malintentionnés ont voulu en profiter pour faire le procès du mouvement. Ainsi, des amalgames les plus farfelues aux calomnies les plus effarantes, on aura tout vu et entendu ces derniers jours sur cette affaire.

Par principe, ce n’est vraiment pas dans les habitudes de Yen a marre de perdre du temps à répondre à des détracteurs mal intentionnés mais la situation actuelle exige un certain nombre d’éclaircissements qui paraissent opportuns.

Des amalgames à lever :
Y’en a marre ne se présente point en donneur de leçon ni au Sénégal, encore moins en Afrique : YEM n’est pas allé donner des leçons ou faire une quelconque révolution en RDC. Conformément à la lettre d’invitation que nous avons reçue, nous avons été invités à participer à des échanges sur « une citoyenneté plus volontaire et plus épanouie dans tous les domaines d’intervention (milieu associatif, universités, art, politique, monde de l’entreprise, ect..) ». C’est ce que nous avons fait sans bruits au mali, au Burkina, au Bénin, au Togo, dans des pays de l’Amérique du Sud, au forum social mondial, dans des conférences en Europe et aux Etats Unis y compris dans des Universités. N’eut été cette arrestation, ce énième déplacement du genre allait passer inaperçu pour ceux qui ne sont pas membres de YEM.

Y en a marre ne propose pas à des jeunes d’autres pays « de reproduire une histoire non vécue » : Yem est parti échanger : c’est-à-dire donner et recevoir par rapport à des expériences de réussite et d’échec (car les 2 donnent des leçons à qui veut entreprendre). Une telle démarche aurait pu être entreprise par un professeur d’université, un leader politique, un membre d’organisation de la société civile, un sportif, un syndicaliste ou toute autre personne qui a des choses à partager. Nous sommes bien conscients que les modèles de démocratie et de lutte ne sont pas reproductibles à l’identique ailleurs.

Les contextes diffèrent de même que les sociétés et l’Histoire de la construction des différentes nations. Chaque peuple écrit lui-même les pages de sa propre histoire selon ses propres réalités et les moyens dont il dispose. D’ailleurs, nous avons défendu partout qu’il n’est plus question que l’Afrique et les Africains reçoivent et exécutent mécaniquement de diktat de l’Occident et des institutions internationales qu’elles soient politiques ou financières.
Ceci dit, c’est un secret de polichinelle que de dire que le vent qui a soufflé au Sénégal, au Burkina et ailleurs en Afrique, traversera inéluctablement les frontières d’autres pays sans que des individus aient forcément besoin d’y aller pour prêcher « la bonne parole ».

Dans tous les pays d’Afrique, la population en général et les jeunes en particulier prendront davantage en main leurs destinés pour s’impliquer dans les problèmes politiques. Ils demandent et demanderont encore plus de démocratie, une meilleure gouvernance, l’accès à l’emploi, des politiques publiques concertées et plus en phase avec les aspirations des peuples…. Ils savent désormais que finalement c’est le meilleur moyen de lutter pour faire avancer leurs conditions sociales. Qu’on interdise les échanges, ferme les frontières, filtre internet, bloque les SMS et téléphones, ce vent-là arrivera partout parce qu’il est incontournable.

Des procès entachés de subjectivités et sans fondement
A ceux qui disent que yen a marre se permet « d’ exporter » son combat alors que sa lutte au Sénégal n’est pas terminée : nous rappelons sans aucune prétention que dans l’Histoire du monde, des organisations et personnes plus célèbres qui ont marqué l’humanité- et auxquelles on ne pense même pas nous mesurer ni aujourd’hui encore moins demain- (mandela, l’ANC, Ghandi, Thomas Sankara, Che Guevera….) n’ont pas forcément attendu que les problèmes de leurs pays soient totalement réglés (d’ailleurs cela n’existe nulle part) pour aller dire ce qu’ils font, comment il le font et pour quoi ils le font. En plus les deux ne s’excluent pas pour autant : des combats sont engagés au sénégal et se mènent à travers des activités du mouvement mais, en même temps YEM partage ses expériences dans d’autres pays. Le programme dokh ak sa gokh se fait et permet de mettre en débat citoyens et élus sur des préoccupations locales des populations.

Des démarches ont été entreprises sur la crise universitaire et la Loi cadre de l’enseignement supérieur. Des séries télévisées sont réalisées pour mettre en débat des questions de citoyenneté. Les artistes du mouvement continuent de produire des albums engagés sur le quotidien des sénégalais. Nous prenons part à pas mal d’initiatives des citoyens et de la société civile. Nous avons ouvertement pris position par rapport au jugement des jeunes de Colobane, l’affaire Mamadou Diop, la situation du monde rural notamment la crise de l’arachide et tant d’autres… On est donc bien présent comme les autres acteurs sur le terrain et dans le débat public au niveau du Sénégal mais cela ne nous empêche pas de répondre à des invitations semblables à celle de la RDC.
Nous disons qu’il n’y a pas de frontières pour des échanges d’idées et d’expériences. Dans la vie, ce n’est pas que des expériences achevées qu’il faut partager, on peut partager des dynamiques en cours. Cela permet avec le recul et l’œil externe, de changer les manières de faire et réorienter sa pensée et son action.
A ceux qui prétendent que ce qui se passe ailleurs en Afrique ne nous regardent pas, nous disons ceci : si les problèmes des peuples africains ne concernaient que les pays en question, on n’aurait pas créé la CEDEAO, le CEMAC, l’U.A… avec la volonté de promouvoir les mêmes principes démocratiques, les mêmes règles économiques et aujourd’hui les mêmes questions sécuritaires. N’est-on pas en train de parler de l’Afrique des peuples au-delà de l’Afrique des politiques et des institutions ???
A ceux qui se demandent pourquoi nous ne sommes pas partie en Gambie, nous répondons que nous ne proposons à personne de venir chez lui, nous ne faisons que répondre à des sollicitations issues de mouvements citoyens des pays qui nous accueillent. De jeunes Gambiens ont fait le choix contraire en demandant à ce que YEM les reçoive à Dakar pour échanger avec eux afin qu’ils puissent davantage s’engager chez eux en Gambie. Nous avons répondu OUI à cette demande et avons tenu avec eux une conférence de presse dans notre QG retransmis par les médias du Sénégal. Nous avons aussi pris part au sit-in organisé devant l’ambassade Gambienne à Dakar pour dénoncer les entorses à la démocratie qui existent en Gambie.
A ces éternels détracteurs qui disent que Yen a marre s’accorde plus d’importance qu’il n’en a réellement, nous disons que YEM ne revendique nullement un statut de leader des mouvements citoyens du Sénégal et ne se positionne même pas pour cela. Si le fait que des personnes, structures ou pays le voient comme tel fait mal à d’autres acteurs sénégalais, elles n’ont qu’à s’en plaindre au niveau de ces structures. On peut aimer ou détester YEM pour une raison ou une autre (chacun étant libre de faire son choix) car nous ne nous activons pas pour plaire ou faire le consensus, ce n’est pas possible, cependant on demande seulement que les appréciations soient objectives.

Yen a marre a des idées, des principes et un idéal pour lesquels il se bat. Cette lutte il la mène avec des succès et échecs, des forces et faiblesses mais y croit profondément et la mènera jusqu’au bout quoi qu’il advienne. Notre souhait c’est de voir les mouvements citoyens émerger et être fort et capables de se fédérer autour d’enjeux majeurs de développement et de renforcement de la démocratie. La préoccupation de YEM n’est pas que les jeunes s’engagent forcément dans son mouvement, mais de voir la jeunesse s’engager dans les partis politiques, les syndicats et toute autres organisation qui permet de se former, d’exprimer sa pensée et participer au développement socio-économique et le renforcement de la démocratie au Sénégal. Voilà ce que le mouvement yen a marre porte comme philosophie et qu’il essaie tant bien que mal de traduire en action sur le terrain. Que tous ceux qui ont ce même idéal sachent qu’ils peuvent cheminer avec nous pour qu’ensemble, nous fassions de notre Sénégal ce que nous voulons qu’il soit. Tout autre débat, toute autre considération ne fera qu’étouffer les différentes dynamiques qui gagneraient à trouver des synergies. Quand on commettra l’erreur de traduire nos différences idéelles et organisationnelles en adversité et animosité, nous ne ferons que rester à débattre de l’accessoire en laissant de côté l’utile qui est en dernière analyse ce qui doit nous unir.

Iba Mar Faye, membre du mouvement Yen a marre.

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