jo-ndiayeQuelques jours après la Journée internationale de la commémoration des victimes de l’esclavage, Dominique Ndiaye revient sur le travail effectué par son père sur l’île de Gorée (Sénégal). À plusieurs milliers de kilomètres au sud de Dijon se trouve l’île de Gorée, au Sénégal. Ce lieu est notamment connu pour sa “maison des esclaves”, bâtiment mémoriel qui a été administré de 1962 à 2008 par Boubacar Joseph Ndiaye. Son fils aîné, Dominique, habite en région dijonnaise.

En 2002, ce dernier se rend à Gorée. Ému, il raconte : « J’ai constaté avec fierté le travail effectué par mon père, pour le devoir de mémoire de la traite des esclaves sur l’île. À cette occasion, j’ai fait la connaissance de plusieurs frères et sœurs, une fratrie que je ne connaissais pas ».

Il ajoute : « Mon père est décédé en 2008, laissant une œuvre de mémoire qui a vu s’y recueillir, entre autres, Jean-Paul II, Bill Clinton et Jacques Chirac ».

Pour comprendre l’itinéraire de ce père aujourd’hui disparu, un petit retour en arrière s’impose. Appelé sous les drapeaux en 1943, il a été blessé et envoyé à l’hôpital militaire de ­Dijon. En 1946, il se marie avec une Dijonnaise et, en 1947, naît Dominique, son premier enfant. Guéri, Joseph part pour la guerre d’Indochine et, à sa démobilisation, il rentre au Sénégal, dans l’île de Gorée où il est né. Avec l’aide de Léopold Sedar Sanghor, il s’affaire à la conservation de la maison des esclaves. Pour ­cela, il part en stage aux archives nationales de Nantes et de ­Paris.

L’île de Gorée, rendue à la France par les Anglais en 1817, est à un quart d’heure de Dakar en bateau et possède une superficie de 28 hectares. Chaque pierre est inscrite au patrimoine de l’humanité. Aucune modification du paysage n’est possible et, ses ruelles étroites sont chargées d’histoire et d’émotion palpable.

La “maison des esclaves”, désormais sous la responsabilité d’Éloi Coly, conservateur actuel, est un bâtiment circulaire ne possédant quasiment pas d’ouvertures, où il fait une chaleur étouffante. Elle a été conservée dans l’état où elle se trouvait en 1848, date de l’abolition de l’esclavage.

Des esclaves vendues à de riches propriétaires

On peut y voir les cellules dans lesquelles on “stockait” les esclaves, assis par terre contre les murs, en séparant les femmes des hommes, des enfants et particulièrement des jeunes filles. Celles-ci avaient été choisies car déclarées vierges, le critère étant une poitrine ronde et ferme. Elles étaient vendues à de riches propriétaires qui les mettaient enceintes. Les enfants nés de cette “union” s’appelant des signares, métisses souvent d’une grande beauté, étaient vendus à de hauts dignitaires dans le monde entier pour devenir femme ou maîtresse.

Il existait une cellule pour les récalcitrants dans laquelle on mettait des esclaves tant qu’on pouvait fermer la porte. Si ceux-ci persistaient, ils étaient jetés à la mer, et comme ils étaient enchaînés deux par deux, c’étaient deux esclaves qui disparaissaient et, à cette époque, il croisait des requins dans ces eaux. Le musée de l’île, dans le fort d’Estrées, est particulièrement digne d’intérêt, avec en exposition les objets liés à l’esclavage. Une sculpture très émouvante rappelle la libération de leurs chaînes et le regroupement familial des esclaves lors de l’abolition.

Source: http://www.bienpublic.com/edition-dijon-ville/2015/04/19/temoignage-une-ile-pour-ne-pas-oublier

Le commerce des esclaves africains sur la côte Atlantique et sur la côte australe va représenter un drame humain d’une ampleur historique inégalée. Les estimations quant au nombre exact d’Africains vendus pour être esclaves sont difficiles à évaluer, mais on peut raisonnablement tabler sur environ trente millions de noirs déportés de l’Afrique, du XVe au XIXe siècles.

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