Capture13 novembre 2009 – 1 novembre 2015. 6 ans presque, jour pour jour, Jean Gérald Bosié, ancien conseiller culturel du président- poète Léopold Sédar Senghor  et  perspicace détecteur de jeunes pousses- du vivier plastique d’alors, conviait dans les espaces de la galerie « Manège » amis, sympathisants et férus des arts, à l’apothéose  rétrospective  de 30 années d’existence artistique, de celui qui fut un précoce et prodige jeune peintre insulaire. Le tout Dakar culturel, à travers la chronologie des cimaises,  surfa ainsi sur les écumes d’une trajectoire pleine, soutenue et passionnée.

Ce jour-là, on découvrit davantage  Amadou Sow, dans la plénitude de sa maturité créatrice et prospective. Lui (l’adolescent) que le président-poète expédia à Vienne, métropole et sanctuaire des beaux-arts, pour s’ouvrir aux apports fécondants de l’universel. Il en revint élevé au statut de Magister (Maitre) par l’Académie des Beaux-Arts de Vienne.

L’invitation fut alors un déroulement kaléidoscopique agrémenté de supports, d’œuvres, d’objets cultes relatant un cheminement qui débuta dès son prime- cursus,  à l’élémentaire, où souvent l’instituteur lui cédait  sa place au tableau.  Amadou, goulûment alors, se chargeait de l’illustration des leçons d’observations ou de « choses », disait-on.

En la matière, les premiers prix de dessins et de collages lui revenaient toujours sans contestation aucune. Cette passion juvénile débordante se déversait partout à travers les charmantes ruelles de Gorée, gorgées d’histoires. Ecolo avant l’heure, Amadou aimait les « gouacher » avec les couleurs de la nature : (le noir des bouts de charbons, le violet des écorces d’arbres, le vert des tendres brindilles d’herbes, le beige ou marron du calcaire, le rouge sang du « garga-mbossé », les coquillages marbrés, les ossements aquatiques échoués sur les plages et la ceinture basaltique entourant l’île. L’œil expert ou initié y décelait, de facto, la bonne graine qui allait germer !

Il exposait ainsi ses créations et installations, affinant sans cesse sa technique et expression picturale dont les modèles restaient les héros des bandes dessinées (Bd) de l’époque (Akim, Zembla, Captain Miki) qu’il reproduisait fidèlement. Mais, paradoxalement, par raison ou par réactions, il substituait leurs têtes par des profils négroïdes. Il en fut de même pour nos « beaux petits sapins ». En lieu et place, il stylisait des… baobabs enguirlandés. Et personne ne sut comment ses frêles doigts parvenaient à malaxer le dur roc arraché du contrefort basaltique du mont Castel pour obtenir des sculptures finement ciselées.

Amadou chemina ainsi sur les labyrinthes de l’apprentissage et de la perfection où rien ne fut gratuit, guidé par les seules moues dubitatives ou approbatrices de l’énigmatique Myrto Debard (mère des poupées de Gorée) qui, avec ses fins pinceaux, peignait dans toutes les saisons les moindres replis pittoresques de l’île, où le regard furtif mais éloquent du grand frère Souleymane Keïta, icône naissante  de l’art contemporain sénégalais.
Graduellement, s’érigea un doigté, une inspiration quasi infuse qui conquirent Picasso et Marc Chagall,  justifiant  leur choix sur l’œuvre du jeune Amadou : l’emblématique toile « La querelle » qui devint l’affiche officielle du « lancement de l’Art sénégalais » au Grand palais de Paris (1974).

Elément détonateur qui profila un label qui allait lui ouvrir les galeries du monde. Ainsi succédèrent expériences, essais, fusions avec d’autres créateurs. Sa trilogie : «  Océane, Savane, Sahel » fut un torrent de couleurs, de tons et de libertés créatrices où il se lâchât, libre de toute pédagogie et courants astreignants. Seuls l’avis des pairs, des critiques d’arts ou fins collectionneurs pouvaient sanctionner la somme d’une production régulièrement soumise à leur souveraine appréciation.

Au crépuscule d’une vie vécue (tribulations et quiétude), tu t’apprêtais à ciseler ta marque indélébile dans l’enceinte de l’école communale de l’île, lieu séculaire du savoir où tout prit racines : une œuvre murale exhaustive destinée à la communauté insulaire, mais la grande et froide faucheuse en décida autrement. Tu partis brusquement explorer de plus près les étoiles : cette masse lumineuse qui éclairait tes longues veillées solitaires dans ton antre ouvert du Lac rose. Adieu Ami !

Par Moustapha DIOP

Email : moustaphadiop@outlook.com 

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