Le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, a présidé, hier, l’ouverture officielle du Forum international pour le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée. Ce forum de quatre jours est organisé par la Direction du patrimoine culturel, en partenariat avec la Coalition internationale des sites de conscience et la Fondation Ford.

« Construire une vision nouvelle des sites historiques de l’esclavage au 21ème siècle » est le thème du Forum international pour le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée. Cette rencontre de quatre jours regroupe des conservateurs de musées, historiens, archéologues, universitaires et chercheurs, guides touristiques, élus locaux, professionnels du patrimoine, architectes et techniciens.

Financé par la Fondation Ford à hauteur d’un million de dollars et un appui de 800. 000 dollars de l’Etat du Sénégal, le projet vise « à proposer de nouveaux contenus d’animation pédagogique, de renforcer la qualité de l’infrastructure classée au Patrimoine mondial de l’Unesco et de l’adapter à l’expression de toutes les dynamiques contemporaines liées à l’esclavage, dans ses nouvelles formes, et  la promotion des droits humains ». Le début des travaux de réhabilitation du site, a déclaré Doudou Diène, président du conseil de la Coalition internationale des sites de conscience, est prévu pour très bientôt.

Ce programme étalé sur trois ans va contribuer au développement du site en un centre régional et mondial d’excellence, sur l’implication des visiteurs sur des sujets liés, entre autres, à la liberté, à la migration, à l’esclavage du passé et actuel. L’enjeu est surtout de faire en sorte que l’Ile mémoire puisse garder intact son héritage et continuer à garder les traces d’une « barbarie » démesurée, en un moment de l’histoire.

Nouvel élan
Pour le ministre de la Culture et de la Communication, l’Ile de Gorée doit face, aujourd’hui, à un double défi. Il s’agit, d’une part, d’assurer la sécurité de l’île face au fléau de l’érosion côtière et, d’autre part, de sauvegarder et de mettre en valeur ce patrimoine « exceptionnel ». C’est dans ce sens, a avancé Mbagnick Ndiaye, que l’Etat du Sénégal, la Coalition internationale des sites de conscience et la Fondation Ford veulent faire de la Maison des esclaves de Gorée un site de référence internationale dédié à la mémoire de la Traite négrière. « Le projet de Revitalisation de la Maison des esclaves de Gorée va bénéficier, sur trois ans, d’un montant de 1,8 million de dollars dont un million de la Fondation Ford… », a-t-il laissé entendre, se félicitant de l’initiative de la fondation qui, en moins de 6 mois, s’est engagée dans ce projet à une hauteur exceptionnelle.

Dans ce projet, a fait comprendre le ministre de la Culture, il s’agira de mettre à niveau les espaces mémoriels de l’île. A cela s’ajoute un centre de documentation sur l’esclavage, un espace de dialogue et une exposition permanente sur l’esclavage et ses implications contemporaines.

Augustin Senghor, maire de Gorée, a salué cette initiative visant à sauvegarder « une identité remarquable », en l’occurrence la Maison des esclaves. A l’en croire, ce projet va donner un nouvel élan à ce site, en contribuant à sa valorisation et ainsi créer un impact positif sur l’économie de l’île.

Se réapproprier le site
Pour Doudou Diène, le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée est emblématique parce que reflétant le plus complexe des sites de conscience. De son point de vue, l’un des défis de ce projet est de faire en sorte que les gens aient conscience de la dimension objective de cette tragédie afin d’arriver à une transformation interne qui les amène à s’interroger sur les valeurs qui ont fondé l’esclavage.

Aussi, pense-t-il, qu’ il faut pousser les populations à se réapproprier ce site. Le directeur du Patrimoine culturel, Abdoul Aziz Guissé, a abondé dans le même sens. Selon lui, « il faut, au-delà des réflexions collectives, amener le débat autour de la mémoire sur le terrain afin de le partager avec les populations », et particulièrement les jeunes. Au-delà des sites emblématiques, M. Guissé prône l’inventaire de l’ensemble des lieux de mémoire du pays.

Ibrahima BA

Mémoire de la Traite négrière : Nécessité d’une nouvelle vision sur les sites historiques
La Traite négrière aura été l’un des plus grands scandales que l’humanité ait connus. Les sites qui ont abrité le « commerce de la honte » continuent à porter la mémoire et les traces d’une souffrance inhumaine. Pour le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ibrahima Thioub, la nouvelle vision sur les sites historiques de l’esclavage devra répondre à des questions d’une brulante actualité. Car, les traites esclavagistes et les esclavages ne sont pas des phénomènes propres aux siècles passés.

« Aujourd’hui encore, des millions d’hommes et de femmes ploient sous la férule de la servilité. Pourquoi donc après des siècles de traite esclavagiste, l’Atlantique mais aussi la Méditerranée continue d’être les cimetières des milliers d’Africains sans sépulture, comme disait Léopold Sédar Senghor », s’est-il interrogé.

Actuellement, note Doudou Diène, président du conseil de la Coalition internationale des sites de conscience, l’idéologie raciale structure les sociétés de l’hémisphère occidental. Et la carte de la marginalisation sociale, politique et économique coïncide avec la carte ethnique.

Toutefois, soutient Ibrahima Thioub, pour être pertinents, « nos » lieux de mémoire, matériels comme immatériels, doivent susciter un certain nombre de questions chez les visiteurs. Par rapport à Gorée, il a indiqué que l’île continuera à susciter des craintes, tant sont importants les enjeux que porte l’île. A l’en croire, si Gorée est mondialement connu comme lieu de mémoire par excellence de la traite atlantique des captifs, elle le doit, avant tout, à ses musées et à la Maison des esclaves. Dans cette île, explique-t-il, le travail de mémoire a tellement réussi qu’il a davantage insularisé Gorée.

« L’île de Gorée a fini par jeter un voile sur l’histoire des traites atlantiques et de l’esclavage dans son arrière-pays continental. C’est tout cela qu’il nous faut repenser pour l’inscrire dans le temps du monde en ayant l’audace de la prospective », a-t-il laissé entendre.

I. BA

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